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Les transporteurs face à l’incertitude : dépasser l’improvisation

23 avril 2021 Xavier Villetard

Les transporteurs face à l’incertitude : dépasser l’improvisation

Le métier de transporteur demande une bonne dose de planification. Plan de transport, flotte de véhicules, plan de tournées… Les exemples ne manquent pas, toujours dans le souci d’optimiser au mieux les ressources tout en répondant au besoin et aux attentes du client. Mais, à l’heure des crises et des retournements, est-ce encore assez ?

La bonne optimisation des flux des transporteurs repose largement sur divers plans conçus en amont. La conception se situe au niveau stratégique puis est déclinée à la maille tactique et opérationnelle. Stratégique dans le transport de réseau par exemple, où le nombre et la pertinence de la localisation des agences vont conditionner une bonne part de la performance. Tactique lorsqu’il s’agit de concevoir le meilleur plan de transport et d’acheminement permettant de tenir une promesse de service tout en maîtrisant les coûts associés. Opérationnelle enfin, quand il s’agit d’optimiser des tournées dont les destinataires changent tous les jours.

Le plan vs les aléas opérationnels

Bien sûr, un bon plan ne fait pas tout. « Tout le monde a un plan jusqu’à ce que… » Le métier de transporteur est fait de gestion d’urgences et d’aléas : face aux retards au chargement, au destinataire absent à l’heure convenue, aux embouteillages et aux informations erronées… Les dysfonctionnements opérationnels ne manquent pas et le transporteur doit continuellement gérer l’imprévu. Bien sûr, celui-ci a surtout trait à la gestion quotidienne des opérations, tant et si bien qu’un plan bien conçu permet généralement d’assurer un bon fonctionnement « structurel ».

Mais, ces derniers temps, la donne a changé. En B2C déjà, la planification cède régulièrement, et depuis de longues années, face aux coups de boutoir du e-commerce. Chaque période de fin d’année est faite de son lot de retards de livraison et de réseaux de transport saturés. La capacité ne parvient pas à suivre, et la croissance des volumes est quasi-systématiquement sous-estimée.

Cette imprévisibilité commence, pour des raisons différentes, à toucher d’autres acteurs que les spécialistes du colis B2C. Du côté du B2B, les prestataires de transport sont habitués à une certaine régularité. Il ne s’agit cependant pas de dire que le métier est un long fleuve tranquille, que les aléas sont inexistants ou qu’il n’y pas de variations importantes d’activité. Néanmoins, les flux B2B se caractérisent le plus souvent par une forme de cadencement, qui permet d’ailleurs de faciliter les optimisations techniques. Plusieurs éléments viennent perturber cette horloge bien réglée.

Crises : vers une normalité imprévisible ?

La crise de la COVID-19 est bien sûr le premier d’entre eux. Le début d’année 2020 a d’abord été marqué par la fermeture de la Chine qui a grandement perturbé le transport international. Puis, le premier confinement a complètement bouleversé le paysage : avec la fermeture des commerces « non-essentiels », le report de la consommation sur le commerce en ligne, les secteurs ont été diversement touchés et les flux totalement déséquilibrés. Les plans de transport, d’acheminement ou de flotte, finement conçus pour limiter le roulage à vide, en consolidant les expéditions des clients ou en dimensionnant au mieux le nombre de véhicules, se sont retrouvés obsolètes du jour au lendemain.

Heureusement, les transporteurs, experts en gestion d’aléas, ont su limiter la casse, mais souvent au prix d’une dégradation de la rentabilité. Il a fallu accepter, dans certains cas, de perdre de l’argent en travaillant. Depuis, nous en sommes au troisième confinement et, bien sûr, les professionnels du transport ont pu mieux anticiper les déséquilibres induits par la distinction entre produits essentiels et non-essentiels – encore que le caractère décousu et inconstant des mesures de restriction prises imposent une bonne part d’improvisation.

Mais l’imprévisibilité ne se limite de toute façon pas à la COVID. Après la crise sanitaire, une crise économique majeure se profile. Et, comme toute crise, elle comportera très probablement une forte dose d’incertitude. De nombreux secteurs d’activité vont durablement ou ponctuellement souffrir tandis que d’autres vont voir leur croissance accélérer. De nouvelles habitudes de consommation vont émerger, des tendances marginales vont prendre de l’ampleur, d’autres plus populaires pourraient s’effriter. Et ces changements ne se produiront naturellement pas de façon harmonieuse et progressive. C’est en fait une « volatilité constante » des volumes qu’il faut anticiper, plus qu’un basculement net dans un sens ou dans l’autre. Alors, que peuvent faire les transporteurs face à cette nouvelle donne ? Faut-il substituer l’agilité à la planification ?

Planification & agilité : trouver le bon équilibre

Autant le dire tout de suite : il n’est à ce jour pas possible d’être suffisamment agile pour traverser des périodes de crise sans coup férir. La conception automatisée et en temps réel de plans de transport optimaux est un défi autrement plus complexe que son pendant appliqué aux tournées de livraison. De fortes variations de volume ou la disparition d’un client demeureront encore longtemps un motif de perturbation.

L’agilité, à vrai dire, n’est pas qu’une question d’intelligence artificielle, d’automatisation et d’instantané. C’est aussi – et surtout ? – une question de planification.  De plus en plus, les prestataires de transport que nous accompagnons se dotent de plusieurs plans de transport et d’acheminement correspondant à différents scénarios de volumétrie. Essentiellement conçus pour répondre à des enjeux de saisonnalités, ces plans alternatifs trouvent encore davantage de pertinence dans un contexte d’incertitude. Alors, bien sûr, tous les scénarios possibles ne seront pas couverts de façon optimale mais, néanmoins, ce qui est prévu sera toujours plus proche de la réalité qu’avec un plan unique et rigide.

Quels avantages ? Les premiers sont bien sûr économiques, avec le maintien à un niveau acceptable de beaucoup d’indicateurs clés en cas d’imprévu : parcours à vide, taux de remplissage… Ensuite, un plan de transport optimisé pour une situation « anormale » permet de limiter la casse en termes de qualité de service sur des flux particulièrement tendus en termes de capacité. Enfin, comme souvent, l’amélioration des indicateurs « économiques » cités plus haut permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport.

Alors, reste une dernière difficulté, comment concevoir ces plans de transport alternatifs ? Il n’y a pas de secret, il faut prendre du temps, mobiliser des ressources supplémentaires et surtout être équipé en outils puissants permettant de simuler différents scénarios et de traiter un volume important de données. Cela demande également de disposer de plusieurs modalités d’achats adaptées à chaque scénario. En bref, c’est un travail de fond pour un sujet éminemment stratégique : face à l’imprévu, faire mieux qu’improviser.