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Digitalisation du transport : où en est-on en 2021 ?

29 octobre 2021 Yvan Keller

Le transport de marchandises est, historiquement, l’une des fonctions étant restée le plus imperméable à la transformation digitale des entreprises. Depuis quelques années, la donne change… lentement. A l’aube de 2022, et à l’issue d’une crise économique et sanitaire historique, où en sont les entreprises ?

Bref historique de l’innovation digitale transport : TMS, stations chargeur, EDI transport, bourses de fret, plateformes digitales, …

Le transport a longtemps eu un rôle très annexe au sein des entreprises. Considéré comme un poste de coûts, une commodité, il demeure à la traîne en termes de transformation digitale. Souvent, l’image de la boîte noire informatique est utilisée pour parler du fret, en particulier routier : une fois que l’expédition est chargée, aucune info ne sort jusqu’au déchargement.

Il y a eu une première vague de digitalisation du transport avec la bourse de fret Lamy (actuellement Téléroute) et la norme mondial EDIFACT,  La bourse de fret a permis aux transporteurs de s’échanger fret et capacité. L’EDIFACT a profité aux messagers qui ont pu digitaliser et transmettre les positions de leurs clients. Les « transport management systems » (logiciels TMS), sont également apparus dans ce contexte.

La seconde vague de digitalisation du transport de fret date des années 2000 avec l’apparition des premières plateformes digitales pour le transport (Transporeon, Transwide…) et le développement de l’informatique embarquée. L’atomisation du marché du TRM (transport routier de marchandises) n’a cependant pas permis une large diffusion de la plupart de ces outils.

Depuis le milieu des années 2010, une nouvelle vague de transformation digitale a fait son apparition. Largement portée par des start-ups, elle s’attaque à de nombreuses problématiques récurrentes propres au fret : gestion collaborative du transport, track and trace, intermédiation, appels d’offres, gestion du premier & dernier kilomètres, analytics et outils de pilotage transport…

Les attentes des entreprises donneuses d’ordres

Il faut dire que le transport a changé de dimension. Son rôle est devenu stratégique, tiré à la fois par l’essor du e-commerce et par l’allongement et la complexification des chaînes d’approvisionnement. Logiquement, les attentes des entreprises ont évoluées et le statu quo actuel entre digital et transport de marchandises ne suffit plus à y répondre.

En matière de planification et surtout d’exécution de la prestation de transport, le compte y est. Mais, de plus en plus, les donneurs d’ordres ont des attentes qui dépassent ces fondamentaux. Pour y répondre, les nouvelles technologies du transport doivent être mobilisées. Les attentes en termes de transparence, par la traçabilité des expéditions ainsi que de tracking des véhicules sont croissantes. Mais cela concerne aussi de plus en plus l’intégrité de la marchandise grâce aux progrès des capteurs via l’IoT (internet des objets).

L’optimisation de la performance transport est également au cœur des attentes des chargeurs. En plus d’un important poste de coûts, le transport de marchandises est maintenant au cœur des problématiques de satisfaction client. L’enjeu de la décarbonation du fret est capital. Dès lors, les entreprises ont besoin d’outils de pilotage pour suivre la performance de leur transport, faire les bons constats et prendre les bonnes décisions.

Les principales plateformes digital pour le transport de marchandises

Des lacunes importantes à corriger au sein des entreprises

Or, il y a un double souci. Le premier, c’est que les donneurs d’ordres comme les transporteurs sont généralement sous-équipés. Ils n’ont pas toujours les outils digitaux, ni les compétences humaines pour prendre le train de la digitalisation du transport. Cela pose problème dans la définition des besoins en matière de transformation digitale. Côté chargeurs, les professionnels travaillent le plus souvent avec des outils inadaptés. Le taux d’équipement en logiciels TMS est de l’ordre de 10%, idem pour les stations chargeurs. La norme demeure l’utilisation d’un ERP et d’outils de bureautiques pour planifier et exécuter le transport. Cela fonctionne, mais de façon largement sous-productive par rapport à ce que proposent les TMS et autres stations chargeurs. Les plateformes digitales innovantes évoquées plus haut sont le plus souvent en phase de test, et encore cela concerne une minorité d’entreprises.

Et côté transporteurs ? Chez les grands groupes, la transformation digitale du transport est relativement avancée. Ils disposent le plus souvent d’une gamme d’outils complète, entre les TMS et l’informatique embarquée. Toutefois, ces outils sont souvent des logiciels maison, lourds à entretenir et à développer. Par ailleurs, les ressources humaines qualifiées manquent pour absorber toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies du transport. Chez les plus petits prestataires, c’est aussi un problème de capacité d’investissement.

Un marché des logiciels transport encore incomplet et illisible

Mais tous les problèmes ne sont pas au niveau de la demande. Le marché des éditeurs, historiques, comme les « start-ups », n’est pas irréprochable. Là encore, si les besoins liés à l’exécution et à l’opérationnel sont plutôt bien couverts, c’est loin d’être le cas pour les nouvelles attentes.

Le marché des commissionnaires 2.0 est certes en voie de consolidation. Mais concernant la traçabilité en temps réel, l’ébullition est encore en cours et de nombreux acteurs sont en concurrence, et souvent gênées par les limites de l’informatique embarquées des véhicules.

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Le marché des commissionnaires 2.0 est certes en voie de consolidation. Mais concernant la traçabilité en temps réel, l’ébullition est encore en cours et de nombreux acteurs sont en concurrence, et souvent gênés par les limites de l’informatique embarquée des véhicules. Cela nuit à la lisibilité du marché, mais fait aussi peser un risque de viabilité pour les projets potentiels. Enfin, l’offre est encore concentrée entre quelques petites entreprises sur l’aspect analytique et les outils de pilotage du transport. C’est aussi le cas pour les solutions dédiées à la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre du fret.

En bref, le marché des logiciels transport est en plein bouillonnement, difficilement lisible, mais aussi parfois lacunaire. Difficile pour de s’y retrouver, et surtout d’identifier les outils adaptés au besoin.

Transformation digitale du transport : où en est-on en 2021?

Depuis l’année dernière, les lignes bougent et le COVID change la donne. Les désordres provoqués par la pandémie dans les Supply Chain des entreprises ont mis en avant les problèmes posés par l’insuffisante digitalisation du transport : pas de communication efficace, pas de pilotage, pas de visibilité… Le manque de données exploitables a largement gêné l’adaptation à une situation inédite. Les entreprises veulent agir vite : le recours au marché est de plus en plus prégnant et c’est une bonne chose. Le développement d’outils maison appartient à une autre époque. Trop coûteux, trop long et difficilement accessibles à distance à l’ère du télétravail.

Côté transporteurs, on est aussi bien conscient des lacunes : dans le sondage que nous avons mené auprès de plus de cent transporteurs, seuls 14% d’entre eux estiment être alignés avec les attentes de leurs clients en matière de services digitaux. Pour 2022, ils sont 50% à citer des chantiers de digitalisation du transport comme une priorité stratégique.

Si cet article vous a intéressé, retrouvez plus de détails sur cette problématique dans notre synthèse d’expert dédiée à la transformation digitale du transport de marchandises. En plus des constats, nous proposons également des conseils ainsi que des bonnes pratiques.